Juan Romano Chucalescu

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Juan Romano Chucalescu est un artiste-peintre et sculpteur, qui a atteint très rapidement la célébrité en France au début du premier septennat de François Mitterrand. Les années de Jack Lang au ministère de la culture furent pour lui une grande période d'ébullition intellectuelle. Il est connu essentiellement pour ses toiles Plénitude amnésique, Baigneuse noyée ou encore Toile pour pigeon exposées un temps à la galerie Abstraction Jubilatoire.

Biographie[modifier]

Juan Romano Chucalescu est né d'un père roumain et d'une mère argentine à la fin des années 1930. Une grande incertitude subsiste sur le lieu et la date de sa naissance, l'artiste ayant toujours désiré entretenir une part de mystère sur ses origines, notamment sur son milieu social et son enfance.

Si les données sur sa vie avant qu'il n'émigre en France sont lacunaires, on sait cependant qu'il vécut ses premières années de peintre en Roumanie, le pays de son père et qu'il fut un élève de l'immense peintre Chucanomalascu. Ce dernier ayant été un camarade de classe du dictateur communiste Gheorghe Gheorghiu-Dej, ses disciples et lui-même ne furent pas inquiétés. Mais lorsque celui-ci disparut en 1965, laissant le pouvoir à Nicolae Ceauşescu, le jeune Juan, désirant fuir ce régime totalitaire, décida de rejoindre le pays de sa mère, l'Argentine.

Il s'intégra rapidement dans la société intellectuelle de Buenos Aires et devint l'ami du penseur d'origine italienne Fulovalacci, qui fut son mentor à la fin des années 1960. Au cours de ces années, il rencontra également le peintre Stupalacci, lui aussi d'origine italienne. Celui-ci, se rendant compte du génie de Chucalescu, décida de le prendre sous son aile, et c'est lui-même qui qualifia son élève de "déstructureur d'intemporalité".

Après le coup d'état de 1976, la vie devint de plus en plus difficile pour les artistes néo-modernistes tels que Chucalescu. Il dut censurer son inspiration créatrice pendant 5 longues années. En 1981, François Mitterrand devint Président de la République Française, et l'artiste décida de s'installer dans l'hexagone en tant que réfugié. Son double statut de réfugié politique roumain et argentin, ainsi que la générosité du président Mitterrand et du ministre Jack Lang, qui l'a toujours beaucoup admiré, lui permirent de respirer financièrement à son arrivée dans le pays et de se consacrer à son œuvre artistique.

Il se lia d'amitié avec le sculpteur Buren, qui, pour l'anecdote, dessina un pyjama à son intention et collabora avec lui sur des projets tels que le saxophone de l'opéra de la Défense, cependant refusé. Il s'est fait très discret ces dernières années, vivant désormais de ses rentes et ne s'adonnant à l'art qu'avec éclectisme et fugacité.

Citation[modifier]

"Quand je crée ce n’est pas moi qui vais vers la toile mais c’est la toile qui vient vers moi,vous êtes dans une sorte d’irrésistible appel à la couleur : une sorte d’osmose entre le tube, les poils, la toile et l’alchimie du corps".


Analyse d’œuvre[modifier]

Plénitude amnésique, huile sur toile, 70 x 100 cm, 1989, courtesy Galerie Abstraction Jubilatoire, Paris

(visible subrepticement ici: [[1]])


Une toile apprêtée, enduite uniformément sur toute sa surface d’une couche de peinture à l’huile blanche. Des dimensions somme toute modestes (70 x 100 cm) pour une œuvre qui affiche une insolente prétention. Il convient d’aborder la peinture de cet artiste romano-argentin sous l’angle de la matière, la mise à plat des éléments constitutifs d’une peinture constituant un des éléments essentiel de sa théorie picturale. Il faut voir là une option résolument conceptuelle prise par l’artiste, puisqu’il ne considère pas tellement la peinture sous l’angle de la couleur mais avant tout comme matière, son œuvre se situant dans une claire filiation avec Ryman (ses déclinaisons à l’infini sur le thème du carré blanc), Manzoni (les achromes) ou encore Pierre Soulages (son travail sur la matière, l‘épaisseur de la peinture). Ici Chucalescu tend à mettre en lumière son statut autoproclamé d’ « animateur d’espace », de « modeleur de vide », optant ici pour une absence rigoureuse de composition, l’espace défini par la toile se posant comme espace prédéfini, se suffisant à lui-même en l’absence de motif figuratif ou même abstrait (l‘auteur posant là les bases d‘une remise en cause des fondements historiques des conventions en peinture). A travers sa bien nommée Plénitude amnésique, l’artiste met en avant les propos enseignés par son maître, Stupalatchi, qui, alors que Chucalescu n’était encore que son disciple à l’école des beaux arts de Sofia dans les année cinquante, lui inculqua ses théories avant-gardistes qui doivent beaucoup au suprématisme de Malevitch qu’il résume en ces termes: « Il s’agît d’apprendre à ne pas peindre en peignant, de faire la couleur mais sans la couleur. ». Il marquait par là la dimension mystique de la matière picturale et sa foi dans la poursuite d’un idéal d’infini à travers ce médium, optant donc pour le spirituel, un peu à l’image d’un Yves Klein cherchant à faire entrer le spectateur dans la couleur, à la perdre dans sa contemplation. Mais Chucalescu, à la différence de Klein et des peintres du « Colorfield », entre autres, avec leur chef de file Barnett Newman mais aussi Clifford Still, Rothko et consorts, s’éloigne résolument d’une volonté de créer une peinture physique, qui vise à dépasser le champ de perception de l’humain. Non, sa toile est de faibles dimensions, encourageant plutôt l’effort intellectuel pour pénétrer la matière et la « non-couleur », considérant que l’artiste comme l’œuvre sont faits d’une intériorité comme d’une extériorité (dixit son autre grand maître, Chucanomalascu), appelant à un va-et-vient de la toile à son support jusqu’au mur sur lequel l’œuvre est placée. La portée de cette œuvre est, on le voit ici, non seulement de l’ordre du spirituel (aspect très aisément perceptible dans cette œuvre) mais aussi philosophique, l’artiste guidant le spectateur vers une réflexion sur sa place au sein du monde, sur l’« étant donné » de sa condition d’être humain au cœur de l’espace. Cependant le propos s’ouvre, peut-être jusqu’au paradoxe d’ailleurs, lorsque Chucalescu, par le biais de son titre évoque un état de conscience qui pourrait, d’un certain point de vue, ramener vers la narration, principe absolument négligé jusqu ’alors dans son œuvre abstraite. Cette même année de 1989 il avait également produit deux autres toiles qui prêtaient à équivoque; Breakfast sur l’herbe (une toile uniformément peinte d’un vert gazon où seuls deux points jaunes venaient créer une rupture dans la dynamique des couleurs) et Marseille-Monaco 1-0 (un diptyque audacieusement placé dans l’angle de la salle d’exposition, le panneau de gauche venant suggérer par des motif rectangulaires répétés de couleur bleue la tribune marseillaise et son public si chaleureux, tandis que le panneau de droite, recouvert des mêmes motifs, cette fois en rouge, invitait le regardeur à imaginer les supporters monégasques). On pourrait alors hâtivement convenir pour Plénitude amnésique d’une parenté avec Alphonse Allais et sa célèbre Communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige (1883) mais il faut plutôt tabler, à propos de ce titre, sur une volonté de Chucalescu de citer l’amnésie pour éveiller des associations à travers la fonction poétique du langage telle que décrite par le linguiste Jacobson, l’occasion pour l’artiste de citer à mots couverts Kandinsky ou même Magritte.

On voit bien se dégager, au travers de l’analyse rigoureuse de cette œuvre, la portée subtile du propos de Chucalescu, qui vise avant tout une compréhension de l’osmose qui existe entre les tubes de peinture et la toile, une osmose qui passe avant tout dans l’ « alchimie des corps » dont elle a besoin pour être harmonieusement relayée. Ainsi Juan Romano Chucalescu s’impose, à l’heure actuelle, comme le plus grand « déstructureur d’intemporalité », salué unanimement par la critique.

Œuvres remarquables[modifier]

Peinture[modifier]

  • Breakfast sur l'herbe
  • Marseille-Monaco 1-0
  • Baigneuse noyée
  • Plénitude amnésique
  • Toile pour pigeon

Édifices architecturaux[modifier]

  • Pyramide à un seul coté pour le Musée du Louvre, resté à l'état de projet
  • Sphère pyramidale pour la Géode de la Villette, resté à l'état de projet
  • Le saxophone pour l'Opéra de la Défense


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